ZAZ ZETOUN MIND

La remontée vers les abîmes/Increase towards the abysses.

21 octobre 2008

RENÉ DAUMAL

RENÉ DAUMAL extrait de "Poésie blanche poésie noire" (Ed. Gallimard)

La peau de lumière vêtant ce monde est sans
épaisseur et moi je vois la nuit profonde de tous
les corps identique sous le voile varié et la lumière
de moi-même c'est cette nuit que même le masque
solaire ne peut plus me cacher. Je suis le voyant
de la nuit l'auditeur du silence car le silence aussi
s'habille d'une peau sonore et chaque sens a sa nuit
comme moi-même je suis ma nuit je suis le penseur
du non-être et sa splendeur je suis le père de la mort.
Elle en est la mère elle que j'évoque du parfait
miroir de la nuit je suis l'homme à l'envers
ma parole est un trou dans le silence. Je connais
la désillusion je détruis ce que je deviens
je tue ce que j'aime.

(1924)

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05 août 2008

NOVALIS extrait de "Fragments"

NOVALIS extrait de "Fragments"

Il n'y a qu'un temple au monde et c'est le corps humain.
Rien n'est plus sacré que cette forme sublime.
S'incliner devant un homme, c'est rendre hommage
à cette révélation de la chair. C'est le ciel que l'on touche
lorsque l'on touche un corps humain.

(Extrait de Novalis, "Fragments",
précédé de "Les disciples à Saïs"
José Corti Editeur)

NovalisColor

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10 juillet 2008

Jean-Pierre Duprey "L'ombre Sagittaire" (Extrait)

Jean-Pierre Duprey "L'ombre Sagittaire" (Extrait)

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... Â part cela - et autre chose encore - sur la terre-tête (le cerveau H-ame la remplira), à part cela, la nuit est nue jusqu'à l'absence de lumière, mais elle te sera un excellent vêtement (de nuit). ... L'absence de lune sera, dans tes yeux, la preuve par deux, ou par d'eau, de ta vue sans quartier. Le miroir déplié déplie deux bras, qui sont deux anneaux brisés d'un choc, tendant en forme de cercle inachevé des griffes comme des morsures du verre. Le reste du corps est un rai de lune, soudain gelé, couleur du ventre de cette croix qu'on appelle corps barré... et sur ce crucifix on a cloué deux seins ou demi-coeurs : derniers visages aux yeux rentrés... la pointe des seins étant un boucle tendue, sans coupures des lèvres, à l'Absolu nu.

(Extrait de "L'ombre Sagittaire" dans les "Oeuvres complètes de Jean-Pierre Duprey, Christian Bourgois Editeur, 1990)

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24 juin 2008

JEAN-PIERRE DUPREY - Deux poèmes -

JEAN-PIERRE DUPREY - Deux poèmes -

A LA BONNE BOUCHE

Ma poitrine était bleue, je perdais du ciel.
Non, je ne me fierai pas à la largesse des choses. J'irai
autour. Je descendrai plus bas, élargissant mes habitants,
mes empreintes fermant mes crevasses, mes animaux durcis
dans le temps...
Le vent était tout de feuilles mortes et les fantômes
toute la chambre.
Le vent s'enrichissait d'amers, la lune argentait un coeur
du ciel.
Et l'effroi se chargea du reste... Les fantômes donnaient
des exemples de caresses, mais nos mains ne s'y touchaient
jamais.

Cela me courait sur la peau, hurlant un air qui m'était
respiré. A l'autre bout, il y avait un dieu. Je lui criait :
"J'abandonne, mangez-moi la langue ! "
Et les fantômes mangeaient.



UN SAFRAN DE MARS

Le maître de l'Amour se maintient au carreau de lune,
Ses yeux, tirés du blanc, découvrent l'ombre de Ce-qui
n'est-pas.
"Donnez-nous, disait-on, ce qui manque à l'étincelle
pour faire du bois, ce qui manque à la rivière pour mouler
une forêt de feu ! "
La machine de l'Amour battait la campagne, hâtait
les saisons. L'échelle de son ombre dépassait l'horizon.
Il y est un soleil et quelques allumettes perdues dans la
boîte du vide...
Une étoile avec la chair de l'oeuf.
Un grand rideau d'objets. Rien devant et tout APRES.

(Extrait des "Oeuvres complètes" Editions Christian Bourgois)

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04 mai 2008

GABRIEL AUDISIO "Adage"

GABRIEL AUDISIO "Adage"

La cruauté d'un astre
     N'est pas toujours où vous pensez
Car sa lumière ne dit pas aux insensés
      L'heure établie par l'ange du désastre.

(extrait des "Poèmes du lustre noir")

20224353

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19 avril 2008

André LAGRANGE - Méandre du chiffre cinq, partie SOURCE -

André LAGRANGE

La nuit - de blanches images de faux vieillards. Monte à l'assault des ombres un peuplement de sorciers ! Frissonnante, je me toise dans le miroir hanté. J'assombris mes contours, me love - poulpe lunaire - autour de cette sombre parure cristallisant ma vulve. Enfin je métamorphose la palpitation douloureuse d'une échancrure du destin. Dès lors enchâssée par le désir des hommes dans une gangue spermatozoïdique, je brûle mon spasme (immobile) dans l'anéantissement sacrilège des mille possessions humiliant mes chairs.

                                (Méandres du chiffre cinq, partie SOURCE, 1980)

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17 avril 2008

Yvonne CAROUTCH - Nous vous cherchons -

Yvonne CAROUTCH - Nous vous cherchons -

Nous vous cherchons dans des maisons perdues dans les frissons du feu dans les fièvres de l'eau nuits futures villes rêvées terres inventées un soir de simulacre Mais que tramez-vous oiseaux qui prenez les rues dans les mailles de vos filets bateaux fantômes qui passez dans la brume du port somnanbules d'une aube à l'autre déchirée aux portiques de l'aventure. D'un corps à ton corps que de continents orgueilleux que de lentes conquêtes de monstres à la dérive O feu central et vous douce mort qui aspirez - prisonnière éblouie d'un soleil de minuit - à l'éternité reconquise dans le long baiser du vampire.

(La Voie du coeur de verre, 1972)

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14 avril 2008

Yvonne CAROUTCH - Soumis à des rites obscurs -

  Yvonne CAROUTCH - Soumis à des rites obscurs -

Soumis à des rites obscurs dont la clef s'est perdue,
nous évouluons entre de perpétuels jeux de miroirs qui
renvoient nos gestes vieux de milliers d'années. Dans l'air
saturé de chaleur où s'épuise le crépuscule, les objets
bourdonnent gravement et les sons se pavanent. Des nuages
nous observent dans leurs robes géométriques. L'esprit haras-
sé fait le point dans les marais mouvants où se rassemblent
les gestes inutiles. Malgré les feux odorants qui veillent sur
les rues, l'eau prépare ses noces de plombs avec la nuit.

                            (La Voie du coeur de verre, 1972)

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13 avril 2008

Théophile de VIAU - SONNET -

Théophile de VIAU - SONNET -

Je songeais que Philis des enfers revenue
Belle comme elle était à la clartée du jour
Voulait qu'à son fantôme encor je fis l'amour.

Son ombre dans mon lit se glisse toute nue
Et me dit Cher Tircis me voici de retour
Je n'ai fait qu'embellir dans le triste séjour
Où depuis mon départ le sort m'a retenue

Je viens pour rebaiser le plus beau des amants
Je viens pour remourir dans tes embrasements
Alors quand cette idole eût abusé ma flamme

Alle me dit Adieu je m'en vais chez les morts
Comme tu t'es vanté d'avoir baisé mon corps
Tu pourras te vanter d'avoir baisé mon âme.

               (Nouveau recueil des plus belles poésies, Paris, 1654)

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21 mars 2008

NAHUI OLIN

NAHUI OLIN

weston

1893-1978. Carmen Mondragon, et ses poèmes écrits en français. Je retraduis un fragment tiré de Câlinement je suis dedans : Si tu m'avais connue / avec mes chaussettes et mes habits / très courts / tu aurais pu voir dessous. / Et Maman m'aurait envoyée / chercher la culotte / que je n'aimais pas / et je me serais assise / sur tes genoux / pour te dire / que Maman est très méchante / avec moi. / Elle veut que je mette / de grossiers dessous / qui me font mal / là en bas. / Tu aurais / VU / que je suis une fille qui te PLAÎT. Ses tableaux naïfs, ses autoportraits aux yeux immensément ouverts. Son pseudonyme nahuatl, le mouvement régénérateur du cosmos, donné par le peintre Gerardo Murillo, lui-même Dr Atl. Très belle femme, le corps nu arqué, et surtout le visage sur la photo qu'en a pris d'Edward Weston en 1924. Cheveux courts comme mal coupés, yeux fixés sur le photographe, ombre sur la clavicule. Puissance du corps de la femme, désordre du désir qu'elle appelle. Maîtresse du Dr Atl -qui sera "philofasciste" comme le note pudiquement A Malvido. Rencontre avec Nahui Olin, lors d'une fête, le 22 juillet 1921 : J'étais plongé dans le mouvement de va et vient de la foule qui emplissait les salons quand devant moi s'ouvrit un abîme vert comme la mer, profond comme la mer : les yeux d'une femme. Je suis tombé dans cet abîme, instantanément, comme l'homme qui glisse d'en haut d'un rocher et se précipite dans l'océan. (...) Une catastrophe fond su moi. Lettre de N. O. au Dr Atl : perfore de ton phallus ma chair - perfore mes entrailles - défais tout mon être - bois tout mon sang (...) J'ai peur de mon amour parce que ce qui est grand provoque de la peur, mais tu es courageux face à mon amour - je ne vois rien - je suis un mort dont personne ne s'occupe, pour qui rien n'importe de ce qui existe, sauf toi (...) Une autre lettre : (...) parce que je sais que ma beauté est supérieure à toutes les beautés que tu pourrais rencontrer. Tes sentiments d'esthète t'ont arrimé à la beauté de mon corps -la splendeur de mes yeux - la cadence du rythme de ma démarche - l'or de ma chevelure, la fureur de mon sexe - et aucune autre beauté ne pourra t'éloigner de moi. La fin de sa vie à Mexico, à allumer les étoiles, à éteindre le soleil, ses huit chats, le drap où elle a peint l'homme qu'elle aime pour dormir avec lui toujours. La folie sans doute, la mort dans la maison où elle est née.

Nahui_Olin

http://www.myspace.com/verdaderanahuiolin

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